Son histoire

Sommaire

Naissance d’une commune
Caillaude

Chalogne
Bazoin
Marianne
Le bateau du marais Gauthier
Nos ancêtres les Gaulois
Le pont de la Croix des Marys

Textes de Jean GUILLOUX

1847, la naissance d’une commune

24 décembre 1789

La loi Mirabeau crée les communes, cellules de base de la société française. Quelques 44 000 paroisses du Royaume de France accédent à ce titre.

Ancienne châtellenie de la baronnie de Maillezais, Taugon-La Ronde aurait souhaité former deux communes mais les autorités en décident autrement. La paroisse Saint Jean l’Évangéliste de Taugon et sa succursale Saint Pierre de La Ronde formeront la commune de Taugon-La Ronde avec Taugon comme chef-lieu.

1834

  « Les habitants de La Ronde fatigués de l’ascendant que les Taugonnais prenaient sur eux tentèrent mais inutilement leur séparation ». Il est vrai que depuis le dessèchement du marais de Boëre en 1778, un différend « économique » oppose les usagers des deux villages. Bien que dotée d’une église avec son presbytère, d’une école, d’un instituteur et d’un garde-champêtre et « payant plus de centimes additionnels que Taugon », la section de La Ronde (1 400 habitants) prétend avoir « moins que sa quote-part dans les dépenses communales ».

octobre 1845
  L’église de La Ronde menaçant ruine et Taugon ne voulant pas participer à sa reconstruction, le Maire Jean MOINARD et l’adjoint spécial de La Ronde Étienne SAVIN demandent conjointement la séparation au préfet BARTHÉLÉMY lequel considérant que la requête mérite un sérieux examen, demande au Conseil municipal de se prononcer, qu’un plan des deux communes soit établi et qu’une enquête publique soit effectuée.
9 novembre 1845

Le Conseil émet un avis favorable à la condition que les frais engagés soient supportés par les contribuables de La Ronde. À partir de ce jour, les élus des deux sections signent séparément les délibérations (à gauche La Ronde, à droite Taugon).

Début 1846

Le juge de paix de Courçon procède à l’enquête et à la contre-enquête au cours de laquelle le maire et les élus de Taugon exigent que les communaux soient partagés par moitié ! La difficulté est de taille, ces biens avaient-ils fait l’objet d’une donation globale ou séparée ? Consultés, Messieurs FLEURIAU de BELLEVUE et BEAUSSANT apportent la réponse :  « Selon la Baillette de l’évêque de La Rochelle du 30 mai 1657, c’est aux habitants de chaque bourg que le droit des communaux a été fait et non aux deux paroisses pour en jouir en commun. »

29 mars 1846

Le Conseil municipal et les hauts imposés acceptent la séparation par 19 voix contre 18 (ces derniers n’y consentent que sous la réserve des droits de propriété ou d’usage sur les terrains situés à La Ronde).

10 mai 1846

Convoqués par arrêté préfectoral, les électeurs de La Ronde (ils sont 65) se réunissent à la maison d’école sous la présidence d’Étienne SAVIN pour élire une commission syndicale de 5 membres : Louis BOUOT, Étienne SAVIN, Louis GUIOT, André FERRON et Louis MICHAUD.

Devant l’éventualité de la séparation, Taugon, sur les conseils de son curé Charles-Marie BÉGAUD engage d’importants travaux à sa cure (6 788 francs), travaux jugés inutiles par les élus de La Ronde.

Rejetée une première fois par le Conseil d’État, la demande de séparation sera représentée au Ministre de l’Intérieur avec l’appui du député, le Baron de Chassiron.

17 octobre 1847
  Par une ordonnance royale, la section de La Ronde est distraite de la commune de Taugon-La Ronde et érigée en commune.
10 novembre 1847

Un arrêté du préfet DEDAUNANT nomme Jean MOINARD, maire de Taugon et Étienne SAVIN, maire de La Ronde.

La commission syndicale administrera la nouvelle commune jusqu’aux élections municipales du 19 mars 1848.

Étienne SAVIN, « père fondateur de la commune », après avoir assumé ses fonctions dans des conditions parfois délicates, souvent difficiles, démissionne pour raison de santé en 1855 laissant le souvenir d’un homme sage et modéré. Ainsi, à l’instauration de la loi FALLOUX, en 1850, il s’opposera à la création d’une école libre, devenant garant de la paix scolaire pour l’avenir.

 

du côté de Caillaude

Une succession d’habitations encastrées dans une digue, tel est le village de Caillaude, le plus atypique de nos hameaux. Cette disposition de l’habitat est un cas pratiquement unique dans le Marais Poitevin. Certes il existe des constructions sur les levées, il s’agit d’un habitat diffus réparti sur le territoire maraîchin. Ces huttes furent édifiées afin de surveiller les levées et d’assurer la manœuvre des « bondes » (prises d’eau).

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Caillaude

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Caillaude 46.303689, -0.767412

À Caillaude, c’est un habitat groupé, incrusté dans la digue de Boëre, principalement vis-à-vis du « Petit Marais de Boëre » qui en fait la particularité. Sous l’ancien régime, ce territoire dépendait du comté de Benon à l’exclusion de la partie comprise entre l’île de Chalogne et l’actuel canal de ce nom, qui relevait du seigneur de La Ronde en l’occurrence, l’évêque de La Rochelle.

Au 17ème siècle, ces vastes terrains furent inclus dans le dessèchement de Taugon-La Ronde. Après 19 années d’efforts infructueux, l’ensemble de ce marais sera retranché du projet initial « parce que l’on ne pouvait empêcher l’eau d’y entrer ». Les digues, mal édifiées en « terre venteuse », ne résistaient pas aux fréquentes inondations. Une digue intermédiaire, assise sur les terres hautes de Chalogne, de l’Angle d’Oie, isola le marais de Boëre qui redevint un marais mouillé et fut rendu à ses anciens seigneurs. La nature reprenant ses droits, les fossés et canaux devinrent inopérants. Les « longés », cours d’eau naturels reprirent leur fonction d’évacuation naturelle très aléatoire. Il fallut effectuer des coupes dans la digue pour leur permettre de rejoindre les marais de la Sèvre qui étaient inondés 8 à 10 mois de l’année.

On se souvient encore de ces écours disparus : le « longé de Picardy, de Quincampoix, le  de Marienne, le longé et le terrier de Caillaud ».

Ne pouvant en retirer quelque revenu, Mgr Henry de Laval de Bois Dauphin, évêque de La Rochelle fera « baillette » à Didier Poirel, procureur au siège présidial de La Rochelle et à Annibal son frère, receveur des consignations, de 289 journaux de « marais rouchin inondé et inutile » avec ses levées, ceintures et contre-ceintures. La cession est faite moyennant une redevance de 1 sol par an et par arpent.

Le 20 décembre 1685, Annibal et Didier Poirel cèdent à Pierre Brechaire et Simon Fomboucher, laboureurs à bœufs de La Ronde, la levée et ceinture ainsi que 15 brasses de largeur à prendre depuis la levée de Chalogne. Les frères Poirel se réservent le droit de « pesche au tramail » sur la partie vendue dont les acquéreurs acquitteront la redevance. D’autres transactions de ce genre auront lieu dans les décennies suivantes.

Pendant près d’un siècle, la pêche et les bouchauds seront la principale ressource de ce marais. Afin d’être plus près de leurs pêcheries et bouchauds, leurs tenanciers implanteront leurs huttes souvent sommaires sur les parties des digues que les éléments n’avaient pas détruites.

A la fin du 18ème siècle, à l’initiative d’Alexis Léonard de Bertin, nouveau comte de Benon et ministre de Louis XVI, l’ensemble du marais de Boëre sera réhabilité. Le 14 juillet 1778, l’ingénieur des Ponts et Chaussées de la généralité de La Rochelle, Duchesne, soucieux de vérifier si les travaux réalisés étaient conformes à ses devis, effectuera une visite des lieux. Parti des Ouchettes (La Grève) son périple se terminera à la Macaudière (St Cyr). Il constatera que les coupes dans les digues ont été comblées, qu’en plusieurs endroits la levée plantée de frênes est fort solide et que plusieurs petites maisons y ont été bâties.

Généralement les levées de gardes des marais desséchés sont la propriété exclusive et inaliénable des Associations qui les gèrent. Les aléas du passé du marais de Boëre ont entraîné une privatisation de ces ouvrages. Au début du 19e siècle, les constructions s’y multiplieront causant bien des soucis à la Société syndicale et à ses dirigeants. Si l’avenir est toujours incertain le passé, lui, est souvent imprévisible, c’est ce que nous verrons dans un prochain article.

Caillaude, carte de Cassini (détail)

Constituée officiellement en août 1779, la Société des Marais de Boëre connaîtra bien des vicissitudes. Contestations, sabotages donneront lieu à de nombreuses procédures avant la Révolution de 1789.
A cette époque le comte de Bertin ayant émigré, ses biens seront mis sous séquestre et le marais restera inondé et improductif pendant une dizaine d’années. Une transaction entre les ayants droit de M. de Bertin et la Société de Taugon interviendra en 1801, un règlement de gestion des eaux du canal de la Banche rendra Boëre exploitable.
Afin de pérenniser les digues et canaux, un règlement de police sera promulgué en 1826.
Les constructions sur les digues seront particulièrement concernées, nous dirions de nos jours, soumises à un règlement d’urbanisme auquel les usagers auront du mal à se soumettre. Tous travaux tendant à affaiblir, rétrécir ou abaisser les levées feront l’objet de poursuites. Une demande d’alignement devra être sollicitée auprès du Directeur de la Société des Marais.
Devant la maison et les clôtures qui renferment les jardins, un passage libre de 2,33 m
(7 pieds) sera laissé sans être entravé de barrière.
Aucun égout ne devra être dirigé sur la couronne de la levée et les plantations ne devront être effectuées à moins de 3 mètres de celle-ci pour qu’un homme à cheval puisse y passer librement en tout temps. Les arbres croissant sur les levées devront être tenus en têtard.
Aucune souche ne pourra être arrachée du 10 octobre au 15 avril. Il est interdit de laisser vaquer tout animal tant sur la levée que sur les prélais.
Tout passage de charrettes au travers des flancs ou le long de la levée est expressément interdit. Il est défendu de laisser plus de 24 h tout dépôt de fumier, de roseaux ou de toutes autres matières. Les gardes de la Société sont chargés de constater les infractions et d’en dresser procès verbal.
Ainsi, en 1864, Jean Charré dit Barrot sera condamné à démolir une construction pour laquelle il n’avait pas respecté la distance réglementaire. Bonnin sera poursuivi pour avoir passé une charrette sur la digue du Vergne à la Croix de la main. Plusieurs habitants de Caillaude seront condamnés par le juge de Paix de Courçon à 1 franc d’amende pour avoir établi leurs barges trop près du canal de ceinture en 1870.
Ce ne sont là que quelques faits divers d’une autre époque. Outre la conservation des canaux, la préoccupation récurrente de Caillaude sera ses accès routiers.

Marais de Boëre, délibérations de juillet 1826Marais de Boëre, délibérations de juillet 1826

Le 24 février 1879, une pétition émanant des habitants de Caillaude parvenait à la préfecture de la Charente Inférieure. 24 chefs de famille s’élevaient contre un procès-verbal dressé par le garde du marais à François Thébaud relativement à une plantation d’arbres non conforme au règlement du marais en vigueur depuis 1826.
Tous les pétitionnaires déclaraient qu’eux-mêmes étaient dans la même situation. Cette sanction ne pouvait être « attribuée qu’à une cause de vengeance » visiblement une certaine inimitié devait exister entre le garde et Thébaud. En conséquence, ils priaient Monsieur le Préfet de modifier le règlement des digues, celui-ci ayant été fait sans leur consentement. Le règlement ne sera modifié que plusieurs années plus tard, mais un peu plus de souplesse fut apportée à son application.
Bien que le bateau soit le moyen le plus usité, et pour cause, la nécessité d’accès par voie terrestre sera la plus récurrente revendication des habitants. Dès 1817, ils avaient obtenu un passage sur « le four à Caillaud » pour accéder au contrebot du canal de Chalogne, leur permettant ainsi d’aller à La Ronde. Ce chemin sera reconnu par la commune en 1821. Les contrebots jusque là, simple droit de passage pour la desserte des propriétés, seront rendus publics en 1829.
Le droit est une chose, l’usage est très différent : sur un sol meuble soumis à de nombreuses inondations, les charrois ne pouvaient être possibles qu’en été, encore fallait-il que la météorologie fut favorable !
Sans résoudre le problème, la commune classera le chemin de La Ronde à Caillaude jusqu’à la jonction avec celui de Courçon en 1842 et celui de Chalogne à l’Angle d’Oie en 1845.
Toujours hors d’eau, les digues étaient la voie la plus fiable. Plusieurs pétitions en ce sens demandant de convertir en chemins vicinaux les levées des marais desséchés seront émises entre 1860 et 1871. Ne pourrait-on pas rejoindre la nouvelle route départementale au passage de La Ronde ? Soucieuses de l’intégralité de leurs digues menacées en hiver par les crues de la Sèvre et du Mignon, les sociétés du Marais de Boëre et de Taugon se montrèrent constamment hostiles à ce projet. Afin de prévenir les infractions fréquentes, elles feront établir des barrières sur leurs levées (d’où le lieu dit « La Barrière » encore en usage) mesure qui générera des pétitions jusqu’en 1876.
Si l’établissement d’un chemin sur la tête de la digue ne pouvait être envisagé, ne pouvait-on pas en construire un sur le prelais ? Cette proposition, bien qu’appuyée d’un avis favorable du Conseil Municipal et la signature de 113 habitants de La Ronde, n’aura pas plus de succès, les agents voyers ayant remis un rapport défavorable. Réitérée plusieurs fois entre 1869 et 1874, après nombre d’enquêtes et de devis, se fondant sur l’avis de l’agent voyer en chef, la demande sera rejetée par la commission départementale.
Une autre solution sera envisagée par le chemin de La Plantée qui venait d’être classé en 1872 jusqu’au canal de ceinture du marais de Taugon, mais cette nouvelle demande sera refusée, le service vicinal avait émis un avis défavorable et s’opposait au déplacement du pont de La Plantée.
Une réglementation draconienne, des difficultés inhérentes à leur situation géographique et une nature capricieuse ont fait de Caillaude une « terre de pétition ». Face à l’adversité, la solidarité des habitants était sans faille.

  1. Hutte : construction sommaire sur une digue

    hutte dans le Marais, le long de la Sèvre niortaise. © Octave de Rochebrune
    hutte dans le Marais, le long de la Sèvre niortaise.
    © Octave de Rochebrune
  2. Dessèchement : ensemble de terrains dont on évacue les eaux
  3. Longé : cours d’eau naturel comblé inopérant devenu marécage
  4. Bé : fossé
  5. Terrier et longé de Caillaud : situé entre Guérine et la levée de Boëre. François et Jacques Caillaud sont cités comme propriétaires dans plusieurs confrontations. Il est possible que la famille Caillaud ait donné son nom à ce lieu-dit.
  6. Baillette : bail perpétuel
  7. Rouchin : où il ne pousse que des plantes aquatiques
  8. Ceinture : canal bordant les digues
  9. Sol : unité monétaire égale au 1/20 de la livre
  10. Arpent ou journal : mesure agraire égale à 30 ares environ
  11. Tramail : filet de pêche
  12. Bouchaud : pêcherie à anguilles
  13. Société des Marais : Association de propriétaires pour la mise en valeur d’un territoire.
  14. Couronne ou tête : sommet de la digue.
  15. Têtard : arbre dont on coupe le tronc.
  16. Prélais : flanc intérieur de la digue ou levée. Le talus en est le flanc extérieur côté inondation.
  17. Barges : meules de foin.
  18. Charente Inférieure : actuelle Charente-Maritime
  19. Garde : garde particulier attaché à une société de propriétaires
  20. Contrebot : chemin bordant un canal
  21. Agent voyer : agent chargé de l’entretien et de la construction de chemin de vicinalité
  22. Vicinal : chemin qui relie plusieurs villages entre eux

En passant par Chalogne

 

En ce 14 mai 1566, frère Jehan du Lory, moine bénédictin gestionnaire des biens de l’évêque abbé de Maillezais et seigneur de La Ronde, nous expose « qu’au-dedans de laquelle terre et seigneurie de La Ronde, y a quatre isles entourées de marés, c’est à scavoir l’isle de Taulgon, l’isle du Vieil Maillé, l’isle de La Ronde et l’isle de Chaloisgne ». Au cours des siècles l’orthographe de ce dernier lieu a subi diverses évolutions : Chalonia, Challonie, Chaloisgne, Challoune, le plus usité localement et officiellement Chalogne. Dernière énigme, il y a encore quelques années les poteaux indicateurs étaient au singulier à l’entrée du village et au pluriel à la sortie !

La position géographique est à l’origine de cette appellation Cha : signifiant habitation et onne : eau. Ces deux termes réunis définissent une terre où est établi un colon ou un groupe humain, expression très répandue que l’on retrouve dans Chalon, Coullonge etc.

La Ronde et Chalogne sur une carte ancienne

La Ronde et Chalogne sur une carte ancienne L’occupation de l’île de Chalogne est donc très ancienne. Certains auteurs avancent que les Romains s’y seraient établis, aucune découverte ne peut confirmer cette hypothèse. Par contre la présence de sépultures non datées est certaine. L’absence d’édifices religieux contrairement à la proche île de Nion, nous laisse supposer que ces sépultures seraient antérieures au VIème siècle avant la christianisation tardive de la région. Au XIXème siècle un chemin du cimetière de Chalogne est cité.

Frère Jehan du Lory déclare que l’isle de Chalogne est tenue roturièrement par plusieurs teneurs qui sont sujets à la contribution du devoir solidaire de la rente de 24 boisseaux de froment, 16 de mesture, 12 de baillarge, 16 d’avoine et 4 de pois ou fèves, le tout « mesure » de La Ronde où l’on met 9 boisseaux à la charge de cheval. « Tout cela pour le cens ordinaire et solidaire avec le four seigneurial du dit village » . La dixme prélevée par le curé est de 1/12èmedes récoltes. Quelques redevances en nature pour le seigneur : poules, chapons viennent compléter ces impositions.

La principale liaison avec l’extérieur se faisait par voie d’eau. C’est par le port commun dit « de la pipe » que le « bé » de Chalogne rejoignait la Vieille Sèvre au niveau de « la barrière ». Deux accès terrestres, l’un par un « bot » communiquait à « L’Angle d’Oie », l’autre par la « terrée de Chalogne » rejoignait La Ronde. Ces chemins étaient impraticables une grande partie de l’année.

Les habitants avaient leurs usages dans « le petit marais de Boire » occupé de mottes, terrées, et « bouchauds à prendre anguilles ».

Moyennant 1 sol annuel par personne, les habitants devaient cuire leur pain au four banal de ce lieu situé sur la place. Ce service de proximité survivra à la féodalité. Il sera détruit par un incendie en 1852. Outre le droit de four, d’autres usages existaient tel le droit de puisage au puits commun « des Lange et Avrard ».

Parmi les lieux-dits oubliés de ce village, relevons « la métairie du Perré », la Motte du Ribreau, et le communal ou pré commun des habitants.

Quelques faits divers survenus au 18ème siècle nous sont parvenus tels les démêlés judiciaires de Jacques Fomboucher « marchand cabaretier à Chalonnes » avec Pierre Cardinaud de Benon pour deux barriques de vin impayées en 1775. Plus dramatique l’assassinat de Nicolas Vollant de La Ronde, dont le corps fut retrouvé mort dans sa barque. La victime avait reçu un « coup de fusil tiré de fort ras » avec du gros plomb appelé dans le pays « plomb de carnage » selon les constatations d’usage faites par Jean Cadet « chirurgien » de la paroisse de Taugon. Ramené à Chalogne par Mathieu Michaud et Guillaume Lange, Vollant âgé de 60 ans sera inhumé à La Ronde le 29 août 1721. Ce crime, non élucidé, restera impuni.

L’isolement du village sera considérablement amélioré par les aménagements des marais au 17ème et 18ème siècle.

  1. Roturièrement : terre qui n’est pas noble
  2. Boisseau : mesure ancienne de 34 litres
  3. Mesture : mélange de céréales (blé + orge)
  4. Baillarge : orge de printemps
  5. Mesure : Chaque province, voire seigneurie, pouvait avoir des unités de mesure. La mesure de La Ronde est fort curieuse elle est basée sur la charge d’un cheval. Soit 235kg.
  6. Cens : impôt seigneurial
  7. Port de la pipe : situé au nord de Chalogne
  8. La Barrière : lieu-dit actuel
  9. Bot : levée de terre
  10. Terrée : pièce de terre exhaussée plantée de bois
  11. Usages : droits qu’avaient les habitants de faire paitre les animaux et de prélever certaines ressources. Les usages seront éteints par l’octroi de communaux.
  12. Banal : choses dont les gens étaient tenus de se servir moyennant une redevance au seigneur
  13. Chirurgien : celui qui pratique les saignées, c’est souvent le barbier du village

(Remerciements à M. Jean-Pierre Pelletier de Nuaillé pour son autorisation à relater l’affaire Vollant qu’il a publié dans son ouvrage « Crimes, Violences et Délits en Aunis » au chapitre « du voyage sans retour » .)

Bazoin

1 – Les « aléas » de la Sèvre …

Lieu de rencontre des eaux de la Sèvre et du Mignon en aval de la jeune Autise, le nœud hydraulique de Bazoin est un des sites majeurs de la vallée de la Sèvre Niortaise. Ses écluses de navigation et les barrages de gestion des eaux sont l’aboutissement de longs et coûteux travaux effectués au 19ème siècle. L’appellation « Bazoin » viendrait d’ailleurs du celtique Bawa ou Bada signifiant boue, la convergence de toutes ces eaux sur un terrain plat et meuble confirme ce terme.

Bien que la navigation sur la rivière de Niort à Marans fut d’usage dès le Moyen Age, elle sera particulièrement aléatoire à certaines époques et surtout à la fin du 18ème siècle. Inondations d’eaux douces l’hiver par insuffisance et manque d’entretien des exutoires, remontées d’eaux saumâtres l’été aucun barrage n’empêchant les marées de remonter la rivière, rendaient les conditions de vie particulièrement difficiles dans un pays insalubre.La-Ronde-10735-Sevre-Niortaise-Bazoin-carte-postale-2

En 1807, l’inspecteur des Ponts et Chaussées, Dessolin, déclarait dans son rapport « Que rien n’est plus essentiel qu’un règlement de police pour cette rivière où chacun a empiété tant qu’il a pu, où l’on jette des décombres qui l’obstruent et où on fait des arrests au travers avec des pierres ou morceaux de bois pendant la nuit pour prendre du poisson ». Vraisemblablement une grande anarchie régnait dans les marais mouillés sur les trois départements.

De son côté le préfet des Deux Sèvres Dupin constate que les mariniers ne conduisent leurs bâtiments qu’avec beaucoup de difficultés, il déplore l’absence de chemin de halage et souhaite qu’une liaison fluviale entre Niort et La Rochelle soit établie. Ce serait une richesse pour ces deux villes, rendrait le pays salubre et que 50.000 arpents de marais seraient exploitables.

Toujours soucieux de ses finances, le gouvernement va instituer un octroi de navigation et mettre en ferme les droits de pêche sur la rivière qui devaient être employés à l’amélioration de la Sèvre … On se rendit vite compte que 40 années de produit de ces taxes ne suffiraient pas pour réaliser les travaux nécessaires. Toutefois les redevances continueront à être perçues.

Le 29 mai 1808 Napoléon décrétait que la Sèvre serait rendue navigable, des servitudes de halage instituées et un règlement de police appliqué par l’administration des Ponts et Chaussées sous l’autorité du préfet des Deux Sèvres.

Réunie à Niort le 14 juillet 1809, une commission composée de « personnes intéressées et compétentes » notables et bateliers, élabora un programme des travaux à entreprendre pour améliorer le régime de l’écoulement des eaux de la Sèvre.

Ce projet, qui consistait principalement à donner une plus grande largeur à la rivière de son confluent avec la Vendée jusqu’à l’estuaire, restera sans effet. L’Empire finissant avait d’autres soucis.

Il faudra attendre encore quelques décennies et de nouveaux projets pour que le décret de 1808 s’applique. La vie des maraîchins, anciens huttiers frondeurs et jaloux de leur indépendance, s’en trouvera considérablement modifiée. Le règlement de police de la Sèvre sera la source de conflits entre les agents de l’administration et les habitants, ces derniers estimant que les lois sont faites pour être contournées. A suivre …

Bazoin en 1907

Bazoin en 1907

octroi : droit de navigation acquitté par les bateliers.

2 – Un garde (trop) zélé

Afin d’appliquer le décret impérial du 29 mai 1808 relatif à la navigation et à la police de la Sèvre Niortaise, le service navigation des Ponts et Chaussées de Niort instituera un réseau de gardes éclusiers, chargés de la manœuvre des ouvrages, écluses et barrages, de leur entretien et de la surveillance des réseaux. Dûment assermentés, ils devaient constater les infractions et les dégradations commises par les usagers.

 La maison éclusière de Bazoin
La maison éclusière de Bazoin

Souvent issus du milieu maraîchin, ils étaient certes craints, mais aussi enviés. Rétribués par l’administration, logés dans des maisons éclusières, ne jouissaient-ils pas d’une situation privilégiée ?

Parmi les infractions les plus courantes, les délits de pêche et les infractions au règlement à l’usage des chemins de halage, ceux-ci étant exclusivement réservés à la navigation, étaient la source de conflits avec les riverains.

Le 2 mai 1857, Gardot, garde en résidence à Bazoin, dressait procès verbal à René Caquineau pour avoir passé deux vaches qu’il conduisait à la foire de Courçon.

Caquineau en référa au maire de La Ronde, Pierre Roy, qui était également vice-président de la Société des Marais Mouillés. La circulation du bétail n’était-elle pas tolérée sur les halages à la condition de ne pas causer de dégradation ? Le maire en informera le président de l’Association Syndicale des Marais afin qu’il intervienne auprès de l’ingénieur du service spécial de la Sèvre, pour que celui-ci demande à ses gardes de ne plus verbaliser à l’avenir sur ces sortes de délits et de ne pas donner suite au procès verbal dressé à Caquineau.

Cet incident causera le trouble à Bazoin, Gardot faisait « la sourde oreille » aux demandes de clémence. Les langues se délièrent, Gardot n’était pas sans reproche. Un de ses voisins, Pierre Mary, l’accusera d’avoir dérobé trois livres de pointes à l’administration pour se construire une loge. N’avait-il pas fait l’objet d’une enquête de gendarmerie en janvier pour avoir volé une canne ? Les griefs ne s’arrêtèrent pas là : il y a un an, on l’a vu lever des ancreaux sur la propriété de M. Roux de Fontenay et emporter le poisson chez lui ; faits réitérés sur la propriété de Bouchet dit « Maquignon ». Enfin ne se permet-il pas de pêcher dans les mois prohibés ?

Après avoir évoqué ces témoignages accablants pour le représentant de la loi, Pierre Roy demandera que le garde « eu son changement » mais qu’il faudrait lui donner un poste aussi avantageux que celui de Bazoin.

Il était de notoriété publique que Caquineau et Gardot n’étaient pas en bonne intelligence. Souvent de tels délits se présentaient sans que le garde poursuive les délinquants. Tout dernièrement, Jean Bouin meunier à La Ronde, n’avait-il pas passé avec son cheval sur le halage pour se rendre à la porte de Gardot !

Nous ne savons pas si la contravention sera effacée ni si le garde aura été muté. Mais devant tant de griefs qui pesaient contre lui, il est permis de penser que le représentant de la loi sera enclin à plus de clémence.

pointes : clous
loge : construction légère, abri de jardin
ancreaux : engins de pêche en filets soutenus par des arceaux en osier

Marianne

MarianneLa Marianne qui orne notre mairie est un moulage en plâtre réalisé à partir de l’oeuvre du sculpteur Antoine Injalbert ; Marianne révolutionnaire coiffée du bonnet phrygien, symbole des esclaves libérés dans l’antiquité et vêtue d’une cuirasse, attribut du pouvoir. Depuis les années 1880-90, combien a-t-elle vu de couples s’unir, de conseils municipaux, d’élections se dérouler sous son socle ? Témoin impassible de notre commune, Marianne qui nous unit et nous rassemble.

Symbole de l’idéal républicain, elle est présente dans toutes nos mairies et les bâtiments officiels de la République, nous l’appelons Marianne. Ses premières représentations furent celles des pièces de monnaies et les timbres des documents officiels. La monarchie étant tombée, il n’était plus question d’y faire figurer l’effigie d’un roi. Souvenons-nous que Louis XVI, lors de sa fuite en 1791, fut reconnu à Varennes grâce à une pièce de monnaie. Quelques jours après la proclamation de la 1ère République en 1792, une chanson populaire composée en pays occitan, « La Garisou de Marianno » (la guérison de Marianne), racontait les avatars du nouveau régime. À cette époque, les prénoms de Marie et Anne étaient très usités. Pour la première fois, le prénom de Marianne était associé à la République. La chanson connut un grand succès. Les aristocrates contre-révolutionnaires dissociaient les deux prénoms, la forme Marianne leur paraissait trop populaire, voire vulgaire. Les révolutionnaires les associeront en un seul mot pour marquer le changement de régime plus conforme à leur idéal politique.

L’utilisation de ce prénom comme symbole serait donc née d’un consensus entre partisans et adversaires de la République et acceptée par tout le peuple français. Après la période noire de la Terreur, un régime plus libéral redonnera au pays sa joie de vivre. Le pouvoir exécutif sera confié à un Directoire de cinq membres. On nous rapporte que l’un d’eux, Paul Barras, séducteur invétéré, lors d’une soirée mondaine chez son collègue Reubell, aurait déclaré à l’épouse de ce dernier : « Votre prénom sied à la République autant qu’à vous-même ». Anne Marie Mouhat devint ainsi le premier modèle de Marianne. Grand poète et mari attentionné, Alphonse de Lamartine ne se déplaçait pas sans un buste de sa femme. Egaré en politique en 1848, alors que les pairs de France cherchaient un symbole pour la seconde République, il leur proposa le buste de son épouse. Avec l’avènement de la 3ème République en 1870, il convient de remplacer les bustes de Napoléon III. A partir de 1880, les statues et les bustes de Marianne se multiplient dans les mairies. Plusieurs types de représentation se développent : dans la version révolutionnaire, elle est coiffée d’un bonnet phrygien ; dans la version sage, elle porte une couronne d’épis ou un diadème. Le bonnet phrygien est parfois jugé trop séditieux. La couronne d’épis ou de laurier représente une république modérée. Au 20ème siècle, toutes les Mariannes portent le bonnet phrygien et sont débarrassées de ses autres attributs guerriers (épée, faisceaux d’armes).

De nos jours, les représentations sont très épurées et prennent les traits de femmes célèbres : Brigitte Bardot, Michèle Morgan, Mireille Mathieu, Dorothée, Catherine Deneuve, Inès de la Fressange, Laetitia Casta et Sophie Marceau ont prêté leurs traits à la représentation de la République. Depuis 1999, un logotype représentant le profil d’une Marianne dessinée en blanc sur un fond bleu et rouge, accompagnée de la devise Liberté-Egalité-Fraternité et de la mention République Française, est utilisé par l’ensemble des services de l’Etat.

  1. pairs : sénateurs

Le bateau du marais Gauthier

Il existe dans tout le quartier de Caillaude et des alentours, une croyance assez curieuse. Il y aurait, paraît-il, en plein marais mouillé au lieudit « Le Marais Gautère » un grand bateau de 8 mètres de largeur au moins, échoué, la coque renversée, sans doute à une profondeur de 2,50 mètres environ. Ainsi s’exprime sous le titre « Le Bateau existe-t-il ? » l’Almanach paroissial de 1909 édité par l’Abbé LAFOND, curé de LA RONDE.

Pratiquement oubliée de nos jours, cette publication locale constitue le seul témoignage écrit sur la légende du  » bateau « .

Qui d’entre nous n’a pas entendu parler de ce navire enlisé dans le « Longé » ? Au Roc pour les uns, au marais Gauthier, pour les autres, tour à tour, Drakkar Wiking, Galion Espagnol, Nef Médiévale, Galère Romaine, mais, dans toutes les hypothèses, chargé d’un fabuleux trésor.

Mais revenons à l’Almanach de 1909 ; « Il y a une quarantaine d’années environ, deux habitants de Caillaude dont les enfants vivent encore, l’auraient découvert en creusant un fossé ; ils prirent tout d’abord la quille pour un énorme madrier, cependant ils ne tardèrent pas à constater que c’était un véritable et grand bateau, mais ils ne purent réussir à le mettre tout entier à nu » .

La légende repose sur une découverte qui aurait eu lieu aux environs de 1868. Les archives municipales n’en font pas état.

L’auteur de l’article, en l’occurrence l’Abbé LAFOND ajoute : «  le fait nous ayant été plusieurs fois raconté, nous voulûmes nous rendre compte par nous-mêmes, et dans le courant de l’été dernier (1908) nous nous transportâmes à l’endroit désigné accompagné de deux hommes du voisinage.
Arrivés à la place indiquée, nous fîmes quelques sondages à l’aide d’un pieu très effilé, et nous sentîmes immédiatement une espèce de résistance provenant d’un corps dur. De plus, lorsque le pieu frappait ce fond résistant, on entendait un bruit sourd semblable à celui que produit tout objet creux de grandes dimensions, et à chaque choc la terre humide et mouvante en reproduisait exactement le contrecoup que nous ressentions parfaitement ».

L’Abbé LAFOND concluait en déclarant : « Nous sommes donc convaincus qu’il y a à cet endroit quelque chose d’anormal et nous serions heureux qu’avec la permission des propriétaires, on essaya en cet endroit des fouilles qui mettraient peut-être à jour quelque curieuse et antique pièce nautique, permettant de fixer de façon précise, l’époque où la mer baignait ces contrées ».

Le jeudi 3 mai 1979, la pelle hydraulique des Marais Mouillés creusant le fossé de périmètre de l’Association Foncière de Remembrement mettait à jour, au lieudit « Le Marais Gauthier » de curieuses pièces de bois travaillées. Ces madriers ont 45 centimètres de large et 10 centimètres d’épaisseur et sont chevillés tous les 33 centimètres.

La Direction Régionale des Antiquités de POITIERS prévenue aussitôt, déléguait M. GENDRON, conservateur des musées de NIORT. Lors de sa visite, ce dernier déclarait la découverte fort intéressante ; un fragment de poterie trouvé sur les lieux lui permettait de dater les vestiges de l’époque Gallo-Romaine.

A première vue M. GENDRON estimait peu probable que les vestiges fussent ceux d’un bateau, une installation portuaire lui paraissait plus plausible ; après étude, cette possibilité est abandonnée et l’hypothèse d’un bateau à fond plat semble retenue (alors que les découvreurs de 1868 semblaient avoir vu une quille !!!)

Le 12 juillet, les pièces de bois étaient enlevées et transportées à NIORT afin d’y être traitées en vue de leur conservation. Les prélèvements effectués pour une datation plus précise (au carbone 14) ne semblent pas avoir donné de résultats sérieux.

Cet été, les sondages n’ont pu être réalisés faute d’avoir pu obtenir les autorisations et les crédits à temps.

D’autre part, les Sociétés Archéologiques qui se chargent de ces travaux sous le contrôle de l’Administration sont actuellement mobilisées par les nombreux sauvetages sur le terrain du chantier de l’autoroute A10.

Dans un proche avenir, les fouilles seront sans doute entreprises, mettant un terme à l’énigme du  « Marais Gauthier » et à la légende du bateau du « Longé » qui n’était point …. le « Vaisseau fantôme ».

Nos ancêtres les Gaulois

Le mercredi 29 septembre 2010, les engins effectuant les travaux de terrassement du parking de la salle des fêtes mettaient à jour plusieurs sépultures. Sous soixante centimètres de terre végétale, des taches brunes, circulaires, oblongues, rectilignes ou quadrangulaires marquaient l’argile jaune du sol dégagé. Des ossements apparaissaient dont plusieurs squelettes humains.

L’enquête de Gendarmerie menée le jeudi concluait que les sépultures, étant très anciennes, l’affaire ne relevait plus du domaine judiciaire mais de l’archéologie.

Présent sur les lieux, le vendredi, M NORMAND, archéologue de la DRAC en charge du département de la Charente Maritime procédait à des sondages. Selon ses premières constatations, il s’agissait d’une occupation humaine du 4ème siècle avant JC. Hypothèse que la quasi absence de « mobilier » (seuls quelques fragments de poterie ont été découverts près de ce qui pourrait être un foyer) ne permet pas de confirmer.

Les traces circulaires seraient des silos de stockage de céréales, les lignes droites des fossés de clôture, les empreintes oblongues dispersées des sépultures, les tâches rectangulaires des fossés d’extraction d’argile à bâtir très postérieures aux précédentes.

M NORMAND fera recouvrir les principales sépultures en attendant l’intervention ultérieure des anthropologues.

M SOLER et son collaborateur viendront les 29 et 30 novembre dégager méticuleusement les restes humains et animaux. Le froid glacial de cette fin novembre ne facilitera pas leur tâche.

Ils ont constaté que l’une des personnes inhumée devait souffrir du dos vu l’état de ses vertèbres et découvert un fragment de fer très oxydé et difficilement identifiable. Espérons que les prélèvements effectués nous permettront d’en savoir un peu plus sur nos lointains ancêtres d’il y a quelque 2400 ans. Il est bon de rappeler que rien ne permettait de supposer la présence d’un site archéologique en ce lieu, ni la tradition locale, ni l’existence de découvertes fortuites ou de repérages photoaériens.

Si les estimations de M NORMAND se confirment, on peut dire qu’il y a 2 millénaires et quelques siècles une communauté humaine vivait sur cette île d’un golfe marin. Naturellement protégée par les eaux, cette communauté occupait un enclos entouré de fossés. Nous sommes à l’âge de fer, civilisation de la Tène II. Migrant à partir du VIème siècle avant JC du centre de l’Europe , des Celtes se sont installés dans le pays appelé Gaule, gardant leurs particularismes et portant

des noms différents. Plus tard, ils seront Santons et Pictons. Ces derniers dominant les populations voisines : Les Agesinates (Angoumois) et les Anagnutes (Aunis).

 

Dans le bilan scientifique de l’année 2010 publié par la direction Régionale des Affaires Culturelles (D.R.A.C), le service régional d’archéologie évoque la découverte faite en septembre 2010 lors des travaux de terrassement du parking de la salle des fêtes.
Les fouilles préventives conduites par M. SOLER du Conseil Général de la Charente Maritime confirment les hypothèses de M. NORMAND, archéologue de la D.R.A.C.
À partir du peu de mobilier céramique découvert, les fossés et sépultures humaines sont attribuables à la protohistoire (âge du fer probable).
Les autres structures en creux contenant des ossements d’animaux et les fosses d’extraction d’argile seraient postérieures.
Quant au squelette d’animal, il s’agirait d’un bœuf (animal récent).

Le pont de la Croix des Marys

En 2002, d’importants travaux ont été réalisés au pont de la Croix des Marys. La gêne apportée aux usagers que nous sommes nous a fait apprécier l’utilité de cet ouvrage.

Mais au fait, comment traversait-on la Sèvre avant sa construction ?

À la fin du XVIIIème siècle, en ce lieu, un certain Pierre Marys de la paroisse de Maillé en Poitou y exploitait une écluse de pêche à laquelle il donna son nom.

Un rapport du service de la navigation de la Sèvre de Niort en date du 24 avril 1851 relate que «depuis longtemps les populations des deux rives de la Sèvre en aval de Damvix désirent vivement l’exécution d’une levée insubmersible et la construction de ponts suffisants pour évacuer l’eau de ce fleuve et de ses affluents en remplacement de la chaussée déjà exécutée et du bac par lequel la Sèvre est franchie dans les basses et moyennes eaux ».

La traversée se faisait donc au moyen d’un bac dont un document daté de 1855 nous donne la description :

« sa longueur était de 11,40m, sa largeur embout de 3,86m et au milieu de 4,25m. Il était conçu pour porter 4 500 kg mais une charge de 2 500 faisait passer, en entrant, l’eau par-dessus la tête. Une charrette attelée de 3 chevaux ne pouvait entrer avec son attelage. Faute de longueur on était obligé d’entrer la charge avec un seul cheval. Il y passait un grand nombre de voyageurs soit à pied ou à cheval, mais peu de charrettes. Le bac avait la réputation d’être trop faible. Les abords du passage étaient mauvais, les rampes étant trop élevées surtout du côté Vendée. (Côté Charente Inférieure, la route était très mauvaise à monter comme «étant mal assise ». Un cheval ne pouvait monter que la moitié de la charge ordinaire. »

Le tarif dont se servait le passager (1) était trop élevé, établi il y a 40 ans au moins pour l’ancien passage qui comprenait la distance entre « Le Passage de La Ronde » et «La Pichonnière de Maillé », soit 3 km ; il se trouvait réduit à la largeur de la Sèvre, soit 40 mètres. Conscient de l’abus, le passager lui-même faisait payer la plupart du temps au-dessous du prix fixé par le tarif.

Réaliser une chaussée insubmersible sans gêner l’évacuation des crues tout en respectant les impératifs de la navigation fluviale, tel sera le problème soumis aux services des Ponts et Chaussées. La navigation entre Niort et Marans se faisait à la voile, l’ouvrage devra comporter une arche marinière à travée levante. Chargé de l’étude, l’ingénieur Maire préconise l’établissement d’un chenal de navigation sur la rive droite avec pont-levis, le cours principal de la rivière étant franchi par un ouvrage à piles en maçonnerie. Inquiété par l’instabilité du sol, M Maire concluait son rapport en émettant des réserves : « les fondations des ouvrages d’art sont bien conçues, mais il serait prudent de substituer aux voûtes des tabliers en charpentes ».

L’avant-projet évaluait la dépense à 130 000 F de l’époque, cet important ouvrage sera t-il réalisé par concession du péage ou sur les fonds des départements avec subvention de l’État? Le ministère apportera sa réponse par le décret du 29 novembre 1856, optant pour la concession, outre la perception du péage pendant 50 ans, il sera accordé au concessionnaire une subvention de 81 600 F ainsi répartie : 35 000 F sur les fonds du Trésor, les départements de Vendée et de Charente Inférieure contribuant chacun pour 23 300 F. Le service de navigation de la Sèvre était chargé du contrôle de la construction.

Un premier concessionnaire Le Breton abandonne le chantier en 1858. Son successeur Crevet reprend l’ouvrage, mais en 1869 le pont n’est toujours pas terminé. Un rapport de l’ingénieur Poisson constate que le concessionnaire n’a pas exécuté le travail dans les conditions fixées par le cahier des charges. En 1870, l’administration procède en régie à l’achèvement et à la réparation de l’ouvrage moyennant une dépense de 21 172 F dont le montant sera déduit de la subvention.

Le pont-levis de l’arche batelière (2ème pont après l’auberge) sera remplacé par un pont fixe en 1883. À cette époque, la navigation est en déclin, toutefois l’entrepreneur Brieux émet une réclamation au service de la navigation pour le rétablissement du pont-levis afin de faciliter le passage de son remorqueur à vapeur qui assure un service régulier de transport sur la Sèvre et ses affluents.

le pont de la Croix des Marys au début du XXème siècle

 

Le 4 mai 1892, le conducteur des Ponts et Chaussées Bourdeau constate «le travail de déformation du Pont à péage de la Croix des Marys ». Des points de rupture apparaissent sur les joints des voûtes. D’importants travaux sont à envisager à la charge du …concessionnaire. Celui-ci, un certain M Ruelle résidant à Vieille Lyre dans l’Eure (sans doute créancier de le Breton ou Crevet) ne semble pas disposé à investir dans l’ouvrage.

 

Des négociations sont engagées, en mars 1893, les conseils généraux de la Vendée et de la Charente Inférieure rachètent la concession pour 35 000 F.

Pendant la dernière guerre, la Sèvre Niortaise, obstacle naturel, est considérée comme une ligne de défense de la poche de La Rochelle. L’armée allemande envisage la destruction du pont et procède aux opérations de minage de l’ouvrage.

En conclusion à ces renseignements que nous livrent quelques papiers fournis, nous pouvons dire comme ce conducteur des Ponts et Chaussée du XIXème siècle finissant que «le pont de la Croix des Marys en bon état d’entretien peut durer de longues années.»

  1. passager : personne employée à manœuvrer le bac. Le bac était propriété des Ponts et Chaussées qui l’affermait à un particulier qui percevait un droit de passage.

le pont de la Croix des Marys en 2014